Marche du 8 juillet : jusqu'où ira le bras de fer entre Tshisekedi et l'opposition ?
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Marche du 8 juillet : jusqu'où ira le bras de fer entre Tshisekedi et l'opposition ?

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À quelques jours de la marche annoncée par la Coalition Article 64 (C64), le gouvernement congolais interdit tout rassemblement public à Kinshasa et dans trois provinces en invoquant l'épidémie d'Ebola. Une décision que l'opposition considère comme une manœuvre politique destinée à empêcher sa mobilisation. Entre impératifs sanitaires, débat sur le référendum et tensions politiques, le 8 juillet s'annonce comme une journée à haute tension.


Le Vice-Premier Ministre, Ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, a signé, le 27 juin dernier, un télégramme interdisant « tout rassemblement public et toute manifestation politique » à Kinshasa ainsi que dans les provinces de la Tshopo, du Haut-Uélé et du Bas-Uélé. Cette décision est officiellement motivée par la nécessité d'endiguer la propagation de la maladie à virus Ebola.

Les autorités provinciales ont ainsi reçu instruction de faire appliquer, sans exception, l'interdiction des manifestations politiques, meetings, marches et autres rassemblements de masse, afin de protéger les populations contre tout risque de contamination.

Les autorités invoquent la prévention

Du côté du gouvernement, l'interdiction est présentée comme une mesure de santé publique et non comme une décision politique. Dans son télégramme, le vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, demande aux autorités provinciales de faire appliquer strictement l'interdiction de tout rassemblement de masse afin de limiter les risques de propagation de la maladie à virus Ebola.

Les autorités rappellent que, même en l'absence de cas confirmés à Kinshasa, la capitale demeure exposée en raison de sa forte densité démographique et de son importante mobilité. Elles estiment qu'une approche préventive est nécessaire pour éviter une éventuelle propagation du virus.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes remettent en question la justification sanitaire de cette mesure : « Kinshasa est-elle réellement touchée par Ebola ? », s'interrogent-ils.

Depuis la confirmation d'une épidémie de maladie à virus Ebola en RDC, le 15 mai dernier, Kinshasa a enregistré plusieurs cas suspects, mais tous se sont révélés négatifs après analyse. Toutefois, le 24 juin 2026, la confirmation d'un cas chez une personne ayant quitté Kinshasa pour la France a conduit les autorités à renforcer les mesures de surveillance et de prévention.

Deux jours plus tard, le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, a affirmé, dans un communiqué relayé par l'ACP, qu'aucun cas confirmé de maladie à virus Ebola n'avait été enregistré dans la capitale.

« Le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, a pris part à la troisième réunion de la Task Force nationale chargée de la lutte contre la maladie à virus Ebola, présidée par le Président de la République. À cette occasion, il a rassuré le Chef de l'État qu'aucun cas n'a été détecté jusqu'à présent dans la capitale », indique le communiqué.


Cette situation alimente le débat entre ceux qui considèrent l'interdiction comme une mesure préventive légitime et ceux qui y voient un moyen de limiter les activités de l'opposition.

Une opposition déterminée à maintenir sa marche

Dans un communiqué conjoint publié le 1er juillet, les leaders de la Coalition Article 64 pour la Défense de l'Ordre constitutionnel (C64), notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sessanga, ont d'abord condamné les déclarations du parti présidentiel accusant, selon eux sans preuve, l'opposition de préparer des violences urbaines et des attaques contre des représentations diplomatiques à l'occasion de la marche annoncée pour le 8 juillet 2026.

Pour la C64, ces accusations sont « mensongères » et s'inscrivent dans une stratégie visant à justifier une répression de citoyens exerçant un droit garanti par la Constitution.

Les leaders de l'opposition affirment que cette marche poursuit un seul objectif : défendre la Constitution de la République et protéger les droits des Congolais.

Avant même cette prise de position commune, le parti Alliance pour le Changement (A.CH), de Jean-Marc Kabund, avait dénoncé la décision du gouvernement. Le parti a rappelé que les manifestations publiques relèvent du régime d'information préalable et non d'autorisation, tout en promettant une forte mobilisation populaire.

« Nous marcherons le 8 juillet »


Les réactions de l'opposition ne se sont pas fait attendre. Mike Mukebayi, haut cadre d'Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi, a vivement critiqué la décision du gouvernement.


« Qu'ils ferment alors le marché Zando. Les kermesses autorisées par l'Hôtel de Ville sont-elles fermées ? Les bus Transco transportent-ils les passagers dans le respect des mesures barrières ? C'est un prétexte. Le 8 juillet, nous serons bel et bien dans la rue », a-t-il déclaré.



De son côté, l'opposant Prince Epenge a haussé le ton.

«La peur a changé de camp. Nous irons au Palais de la Nation », a-t-il déclaré, qualifiant au passage le chef de l'État de simple « locataire ». Réaffirmant le rejet de tout référendum et de toute modification de la Constitution, il a appelé la population à se mobiliser « qu'il neige ou qu'il pleuve », martelant l'unité de l'opposition face au pouvoir.

Une marche vers le Palais de la Nation : un choix risqué ?

Ces déclarations traduisent la volonté affichée de l'opposition de maintenir la manifestation, malgré l'interdiction prise par les autorités.

Selon la notification adressée au gouverneur de Kinshasa, la coalition C64 prévoit plusieurs cortèges qui convergeront vers le Palais de la Nation, où un sit-in est annoncé avant la remise d'un mémorandum au Président de la République.

Ce choix d'itinéraire suscite des interrogations. Certains observateurs estiment qu'il pourrait accroître les risques de tensions, le Palais de la Nation étant un site hautement sécurisé par la Garde républicaine. D'autres rappellent néanmoins que, s'il bénéficie d'un important dispositif sécuritaire, ce site n'est pas expressément déclaré inviolable par la Constitution.

Par ailleurs, la coalition C64 a appelé la communauté internationale, les missions diplomatiques ainsi que les organisations nationales et internationales de défense des droits humains à suivre avec une vigilance particulière le déroulement de cette marche.

Quels scénarios pour le 8 juillet ?

À quelques jours de la manifestation, plusieurs inconnues demeurent. Le gouvernement maintiendra-t-il l'interdiction jusqu'au bout ? Les organisateurs choisiront-ils de passer outre ? Les forces de sécurité privilégieront-elles la retenue ou procéderont-elles à une dispersion systématique ?

L'entrée en scène du Front commun pour le Congo (FCC) pourrait également modifier le rapport de force et donner une ampleur plus importante à la mobilisation.

Une autre inconnue réside dans l'attitude de la population kinoise. Les appels de l'opposition seront-ils suffisamment suivis pour transformer cette marche en démonstration de force, ou l'interdiction gouvernementale et le contexte sanitaire auront-ils un effet dissuasif ? Une chose est certaine : la journée du 8 juillet constituera un nouveau test pour les libertés publiques en RDC, mais aussi pour la capacité des autorités et de l'opposition à éviter une escalade susceptible de raviver les tensions politiques dans la capitale.

Le spectre des affrontements


Le contexte demeure particulièrement tendu. Le 12 juin dernier, des coups de feu et des gaz lacrymogènes avaient été utilisés aux abords du Palais du Peuple pour disperser des militants et des leaders de l'opposition venus participer à un sit-in interdit par les autorités provinciales. Cette manifestation visait à protester contre la proposition de loi sur l'organisation du référendum, que l'opposition considère comme une étape vers une révision de la Constitution susceptible de permettre un troisième mandat au président Félix Tshisekedi.

À titre de rappel, le 15 juin 2026, avant la clôture de la session parlementaire, l'Assemblée nationale et le Sénat ont définitivement adopté la loi sur l'organisation du référendum. Le texte devrait désormais être transmis au Chef de l'État en vue de sa promulgation.

Pour l'opposition, cette loi ouvre la voie à un éventuel changement de la Constitution. Le pouvoir, de son côté, soutient qu'il ne s'agit que de doter le pays d'un cadre juridique régissant l'organisation des référendums, conformément aux dispositions constitutionnelles.

Écrit par
Landry Kamango

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