Les députés nationaux et les sénateurs reprennent, mardi 15 septembre 2026, leurs activités au Palais du Peuple, à Kinshasa. Principalement consacrée à l’examen du budget 2027, cette session s’ouvre dans un climat politique, sécuritaire et sanitaire particulièrement sensible, alors qu’une manifestation de la Coalition Article 64 est annoncée devant le Parlement.
Conformément à l’article 115 de la Constitution, l’Assemblée nationale et le Sénat ouvrent, ce mardi, leur session ordinaire de septembre. Selon un communiqué du rapporteur de la Chambre basse, Jacques Djoli, la plénière inaugurale de l’Assemblée nationale est prévue à 13 heures. Au Sénat, des réunions préparatoires se tiennent sous la direction de son président, Jean-Michel Sama Lukonde.
Traditionnellement qualifiée de « session budgétaire », cette période parlementaire sera largement consacrée à l’examen et à l’adoption du projet de loi de finances pour l’exercice 2027. Déjà adopté par le gouvernement lors de la 98ᵉ réunion du Conseil des ministres, le projet de budget est présenté en équilibre, en recettes et en dépenses, à hauteur de 57 500 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars américains.
Cette enveloppe représente une augmentation d’environ 12 % par rapport aux 22 milliards de dollars retenus dans la loi de finances rectificative de 2026. Outre les débats budgétaires, les parlementaires devront examiner plusieurs initiatives législatives, évaluer l’action du gouvernement et exercer leurs prérogatives constitutionnelles de contrôle.
Référendum et dialogue national
La rentrée parlementaire intervient dans un contexte politique dominé par les discussions sur la réforme constitutionnelle, le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi et la proposition de loi portant organisation du référendum. Ces différentes questions continuent de diviser la classe politique et sociale congolaise.
En août dernier, le chef de l’État avait demandé au Parlement une nouvelle délibération sur la loi relative au référendum, conformément à l’article 137 de la Constitution. Cette demande faisait suite à une décision de la Cour constitutionnelle déclarant le texte conforme à la Constitution, sous réserve de certaines interprétations. Le Bureau de l’Assemblée nationale avait alors annoncé que cette nouvelle délibération serait inscrite au calendrier de la session de septembre.
Les questions sécuritaires au premier plan
La situation sécuritaire dans l’est de la RDC devrait également occuper une place importante dans les débats. Malgré les initiatives diplomatiques menées à Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha consacré aux discussions entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, les résultats attendus restent encore peu visibles sur le terrain.
Les parlementaires devront également se pencher sur l’activisme persistant des ADF et sur l’avenir de l’état de siège en vigueur au Nord-Kivu et en Ituri. Lors de la précédente session, les élus de ces deux provinces avaient suspendu leur participation aux travaux parlementaires pour dénoncer l’absence de débat sur cette mesure d’exception et le manque de résultats enregistrés depuis son instauration.
Sur le plan sanitaire, la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola, désormais signalée dans sept des 26 provinces du pays, figure aussi parmi les préoccupations nationales. Le gouvernement affirme néanmoins que la situation demeure « sous contrôle » et que l’épidémie se trouve dans une phase « descendante ».
Des ordonnances-lois à ratifier
Cette rentrée intervient après la session extraordinaire de juillet, durant laquelle les deux chambres avaient adopté le projet de loi habilitant le gouvernement à légiférer par ordonnances-lois pendant les vacances parlementaires. La reprise des activités met ainsi fin aux effets de cette habilitation.
Le gouvernement devra désormais soumettre à l’Assemblée nationale et au Sénat les différents textes pris sous forme d’ordonnances-lois afin qu’ils soient ratifiés, conformément à la législation congolaise.
Une manifestation annoncée au Parlement
Parallèlement à la rentrée parlementaire, la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, C64, prévoit une manifestation présentée comme pacifique devant le Palais du Peuple. Selon ses organisateurs, cette mobilisation vise à réaffirmer leur attachement à la Constitution, à l’État de droit et au respect de l’ordre constitutionnel.
Cette coïncidence suscite des inquiétudes au sein de la majorité parlementaire. Le député national Augustin Kabuya avait proposé que la cérémonie d’ouverture de l’Assemblée nationale soit reportée à 18 heures, invoquant des raisons sécuritaires et préventives. Sa demande n’a toutefois pas été retenue, la plénière ayant été maintenue à 13 heures.
Face aux risques de tension, la Commission nationale des droits de l’homme, CNDH, appelle à l’exercice pacifique du droit de manifester et au respect des libertés garanties par les articles 25 et 26 de la Constitution. Elle rappelle aux pouvoirs publics leur devoir de « prévenir plutôt que réprimer », tout en assurant la protection des personnes et de leurs biens.
La CNDH invite notamment le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le gouverneur de Kinshasa et la Police nationale congolaise à maintenir le dialogue avec les organisateurs, à sécuriser les itinéraires et les lieux concernés et à prévenir toute introduction d’armes ou d’objets dangereux. Elle appelle également à protéger aussi bien les manifestants que les citoyens qui ne participeront pas à la mobilisation, tout en prévenant les actes de provocation, d’infiltration et de violence.
Pour les deux chambres du Parlement, l’enjeu de cette session sera donc double : garantir le fonctionnement régulier des institutions et permettre un débat ouvert sur les principales questions budgétaires, politiques, sécuritaires et sanitaires qui engagent l’avenir de la République démocratique du Congo.